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Mara Gourd-Mercado
Directrice générale – section Québec à l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision

En tête-à-tête avec Mara Gourd-Mercado

28 mai 2021 - En tête à tête

En tête à tête avec Mara Gourd-Mercado, Directrice générale – section Québec à l’Académie canadienne du cinéma et de la télévisionune gestionnaire passionnée et fonceuse qui s’investit pour la reconnaissance et le développement d’une culture québécoise diversifiée et inclusive. 

1. Pour l’industrie culturelle et l’économie au sens plus large, comment entrevois-tu la reprise économique et l’avenir à court terme ? 

Depuis un peu plus d’un an, suivant les vagues d’ouverture et de fermeture, le milieu culturel a été très impacté autant au niveau de la créativité, de la santé mentale des artistes que des programmations. À court terme, pour une bonne reprise économique, il faudra réfléchir profondément à comment on peut prévoir des événements et de l’offre culturelle avec les mesures élastiques qui changent, sans s’épuiser, tout en étant capable d’offrir quelque chose d’intéressant pour le public et de le financer.  

D’ailleurs, parlant de financement, les institutions publiques et le milieu culturel devront s’assoir ensemble pour revoir les moyens de financement. En discutant avec des gens du milieu, nous nous sommes aperçus que l’année 2023 allait être décisive. Lorsque les programmes d’urgence ne seront pas renouvelés par le gouvernement, le milieu culture se retrouvera endetté et ne sera plus une priorité. C’est justement pour cela que nous souhaitons qu’il y ait une réflexion plus grande sur le financement à long terme et sur la place du milieu culturel au sein de l’économie québécoise. 

Il est important de rappeler que la culture québécoise est l’une des cultures qui s’exportent le plus à l’international. Nous avons cette fibre, non seulement entrepreneuriale, mais aussi créative et innovante qui fait de nous un moteur économique extrêmement fort. Il faudra donc miser sur ces atouts pour relancer notre économie.  

 

2. Comme gestionnaire, comment décrirais-tu ta dernière année ? Quels ont été tes plus grands défis ?  

Ce qui a été le plus compliqué fut de trouver une façon de rétablir ou de pallier tout ce qui était intangible comme rapport humain. Pour tous ces petits moments informels dans les corridors, au café du coin, dans une exposition ou un 5@7, il a fallu trouver d’autres moyens pour maintenir le contact. 

Comme gestionnaire, avec l’équipe, c’est la même chose. Avant, il était plus facile de prendre le pouls d’une équipe, de savoir qui était stressé, qui allait bien ou non, qui était un leader positif ou négatif. Avec la pandémie, il m’a fallu apprendre de nouvelles façons de connecter avec mon équipe à travers un écran. Pour ce faire, je passe énormément de temps à les appeler et à faire des « touch bases ».  

Au final, cette nouvelle « normalité » m’aura permis de relever plusieurs défis comme celui de se réinventer, de s’assurer d’offrir un bon accompagnement à l’équipe, d’être plus attentive aux irritants et de sécuriser du financement dans un contexte changeant.  

 

3. Qu’as-tu appris sur toi-même depuis que tu diriges et qui s’est réaffirmé dans la dernière année ? 

En règle générale, je suis quelqu’un de résilient et qui n’est pas facilement stressé. Avec la dernière année que nous venons de vivre, je peux réaffirmer le fait que, peu importe la situation, je suis toujours en mode solution. Je dis toujours que, dans notre milieu : « on n’opère pas à cœur ouvert. Il n’y a personne qui attend un rein de l’autre côté. » Au final, ce que l’on fait, c’est du divertissement, de la culture. Bien sûr, il y a de gros enjeux financiers, mais avoir la capacité de dédramatiser est nécessaire. 

 

4. Qu’est-ce qui t’inspire et t’anime au quotidien en ce moment ? 

C’est un peu mon feu sacré, mais je dirais tout le travail que nous faisons entourant l’équité et l’inclusion. C’est quelque chose qui m’anime et sur lequel j’ai travaillé aux RIDM avant de l’amener avec moi à l’Académie. L’objectif serait de rendre le milieu culturel, et plus spécifiquement l’industrie du cinéma et de la télévision, plus inclusif et équitable. Je souhaite que la nouvelle génération se retrouve dans le contenu québécois. Il faut travailler à ouvrir nos espaces pour que la culture nous ressemble. La culture est non seulement un moteur économique extrêmement puissant, c’est aussi un moteur social puissant. Il est important de prendre en considération que la notion de citoyenneté se bâtit aussi à travers la culture. 

 

5. Comment entrevoies-tu l’évolution du rôle de gestionnaire dans les prochaines années ? 

Pendant longtemps, les artistes étaient à la tête d’institutions ou d’organismes culturels. Aujourd’hui, en culture, nous sommes passés à une autre génération de gestionnaires. Ce sont des personnes passionnées qui mettent leurs compétences au service des créateurs.trices et de la culture. Je pense que c’est une tangente qui va augmenter dans les années à venir, où l’on verra une professionnalisation de l’industrie de la culture.  

En plus de l’accompagnement offert aux artistes, le rôle du gestionnaire sera aussi de gérer ses équipes. Dans les deux dernières années, plusieurs environnements de travail toxique dans le milieu de la culture ont été mis à jour. Aujourd’hui, les gestionnaires doivent être à l’avant-garde en matière d’équité et d’inclusion, mais également en matière de diversité de genre, de harcèlement sexuel ou psychologique. 

L’industrie de la culture étant encore très jeune. Les prochaines années permettront aux gestionnaires en culture de réfléchir à la fois à leur rôle individuel et leur rôle au sein de l’écosystème. 

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