Alain Bergeron – Président et fondateur de SYRUS Réputation

22 mai 2020

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En tête à tête

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En tête à tête avec Alain Bergeron, Président et fondateur de SYRUS Réputation, un cabinet-boutique spécialisé en conseil aux entreprises.

 

 

1. En cette période de grand chaos, comme entrepreneur, qu’est-ce qui t’a empêché de dormir ?

Les mises à pieds. Même si elles sont temporaires, ça fait mal. Autrement, de manière générale, je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil et je dors plutôt bien. En ce moment, je dirais même que je dors plus qu’avant, en confinement à la campagne et à y être en télétravail. J’ai bon sommeil aussi puisque je voue une grande confiance en notre capacité comme humain à s’adapter et à rebondir en dépit de la grandeur de la crise. Et il faut tirer des leçons! Comme entrepreneur, il faut apprendre à simplifier nos processus, à être plus agile. Lire, lire et lire pour se garder informé. Au cours des dernières semaines, j’ai particulièrement apprécié les lettres ouvertes d’Henri-Paul Rousseau dans Le Devoir et tous les écrits de McKenzie. Rester proche de sa gang, même à travers un écran. Et aussi, faire confiance à ses valeurs d’entreprise. Les nôtres : le courage, la performance et la bienveillance ont été les « drivers » de nos actions des dernières semaines.

2. Comme leader, en période de crise, quel est le trait de ta personnalité qui s’accentue ?

En fait, être proactif et garder mon sang-froid, c’est pour ça qu’on me paie depuis bon nombre d’années… Je ne suis pas à ma première crise! Bien que celle-ci soit colossale et que parfois on perd un peu ses repères, certaines choses ne changent pas. Un bon leader, c’est savoir bien s’entourer et surtout faire confiance à ses leaders. Myriam Crevier, mon bras droit est sans contredit la meilleure personne pour traverser cette tempête à mes côtés. Je dis merci chaque jour de l’avoir mise sur mon chemin professionnel. Chez bon nombre de nos clients, on a également vu des leaders se lever, à tous les niveaux. En temps de crise, si j’avais à m’avouer vaincu sur une facette de ma personnalité, je dirais sans hésitation ma patience. Dans le cas où tout s’est brutalement arrêté en mars dernier, je dirais qu’on a eu un court temps d’arrêt, un peu déroutant, avant de retomber sur nos pieds. J’aime quand on file à vitesse grand V et qu’on est pertinent au quotidien pour nos clients et nos collègues. Quand on gère 4 à 5 gros mandats compliqués de front et que ça roule. L’espace d’une semaine, le temps que nos clients et nous se réorganisions, on s’est senti moins proche et au ralenti. De se voir couper du contact en face-à-face avec nos clients, se sevrer même pour quelques jours seulement, de cette action qu’on valorise, qui nous valorise et que le client valorise, fut sûrement le plus grand de mes défis au début de la crise. Pendant quelques jours on s’est senti moins pertinents. Je n’avais jamais connu ça. Heureusement, c’est revenu vite mais ça a été très difficile sur ma patience (rires) et un bon test sur celle de Myriam…

3. Qu’est-ce qui t’inspire et t’anime au quotidien en ce moment ?

La résilience de ma gang, leur créativité à préserver la culture SYRUS même à distance et leur capacité à rebondir. La facilité d’adaptation de tout le monde. À l’extérieur de SYRUS je ne peux pas passer sous silence l’entrepreneuriat québécois qui se réinvente et qui, l’instant d’une courte réflexion, réaligne ses affaires avec pour motif la générosité et une contribution à la crise. Il y a de belles histoires qu’on ne raconte pas assez. Ça, c’est inspirant et au Québec, au Canada, on est bien servi!

4. Face à la situation actuelle, avec tes lunettes d’entrepreneur, quelle est la plus grande injustice selon toi ?

C’est malheureux, il y a trop de morts. Au sens propre, définitivement trop, mais aussi au sens figuré alors qu’il y a des entreprises qui ne devraient pas mourir mais qui vont mourir. Malgré tout leur bon vouloir et bien malgré eux, la crise est plus grande que nature et va les happer de plein fouet, jusqu’à ne pas s’en relever. C’est injuste… La crise n’était pas dans leur plan stratégique. Même si elles avaient le meilleur en main, elles ne survivront pas.

5. Qui est ton héros de l’ombre dans cette crise ?

J’ai des héros à différents niveaux. Bien sûr, au premier niveau, ceux et celles qui maintiennent en vie les opérations sur la ligne de front au péril de leur propre vie. Ils sont nombreux! Et plusieurs le font avec tout leur cœur, dans la peur certes, mais ils le font pour nous tous. En deuxième lieu, mes héros sont les parents qui font arriver leur journée professionnelle de la maison en gérant les enfants, la maisonnée et tout ce qui vient avec ça. Chapeau!

6. Quelle est l’innovation la plus intéressante que votre organisation ait menée en cette période tumultueuse ?

On n’a pas inventé une machine à voyager dans le temps ou un algorithme qui gère les médias sociaux tout seul. On a innové en ne se déprogrammant pas, en restant nous-mêmes. Chez SYRUS, la valeur de la bienveillance a été décuplée pour nos clients. Nous nous sommes positionné un pas en avant du client pour lui faciliter la gestion de ses enjeux, anticiper ses besoins pour lui permettre de prendre de meilleures décisions d’affaires. C’est vrai que c’était déjà en ligne avec notre modèle d’affaires, mais aujourd’hui ça a stimulé l’innovation de l’équipe pour réfléchir autrement et rapidement à de nouveaux produits et services, de nouveaux conseils, et de nouveaux angles que nos clients pourraient mettre à profit au sein de leur organisation afin de les relancer et même stimuler de la croissance.

7. Pour ton organisation, l’économie au sens plus large, comment entrevoies-tu l’avenir à court terme ?

Éternel optimiste, j’ai toujours vu le verre à moitié plein. J’ai beaucoup d’espoir en l’avenir et comme société, on aura pu bénéficier de ce tremblement pour revoir nos façons de faire, moi le premier. Prenons l’exemple du télétravail pour lequel j’étais assez réfractaire et conservateur. Forcé d’admettre qu’on est efficace en mautadit, qu’on sauve du temps, que le travail se livre avec le même souci d’excellence et que les outils de communication nous permettre d’être connecté en temps réel, les uns aux autres. La « business » de consultation va changer. Vais-je prendre un avion vite vite vite pour un meeting d’urgence à Toronto ? Je ne pense plus. Malgré tout ça, le contact humain est plus fort que tout! On est dans une « business » d’influence et je m’ennuie des meetings de « boardrooms » qui brassent. Ça va revenir tout ça…même si on doit s’asseoir sur des X en tape rouge à 2 mètres de distance.

8. En terminant, la question qui tue, si tu étais François Legault, à partir d’ici, comment tu écrirais la suite ?

Je dois avouer que j’ai été impressionné de la gestion de la crise au cours des premières semaines. Pour moi, un leader c’est celui qui dit la vérité sans faux-fuyant et qui quand il se trompe, accepte de dire qu’il s’est trompé. Mais là, on sent la fatigue et l’usure du temps et c’est tout à fait normal. Sans se dérober, c’est peut-être le temps de partager le fardeau un peu. J’impliquerais plus de joueurs issus de plusieurs secteurs pour planifier et parler de la relance. Je les nommerais pour démontrer à tout le Québec que ce n’est pas l’affaire d’une seule personne ni même de 3 ou 4 ministres, que la communauté est mobilisée, qu’elle travaille ensemble pour se sortir de ce marasme.

Guillaume Bouchard – Président Directeur Général de CONTXTFUL

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