Samuel Watts – Président-directeur général de Mission Bon Accueil

19 mars 2019

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En tête à tête

1 . À votre avis, quels sont les facteurs vous ayant mené à la présidence de Mission Bon Accueil ?

C’était l’opportunité d’avoir un impact majeur dans notre ville. J’ai toujours été chanceux, dans ma vie, dans ma carrière. Quand l’appel pour la mission est venu du CA, avec tout ce que j’ai fait au cours de ma carrière, je trouvais que c’était une opportunité de vraiment redonner quelque chose. L’idée d’avoir un impact majeur m’interpellait aussi beaucoup.

2. Que signifie pour vous le succès professionnel ?

J’y ai beaucoup pensé mais je reviens à deux choses principalement : des clients bien servis, avec dignité. Souvent, les gens qui se retrouvent en situation de pauvreté vivent, dans le domaine des services sociaux, des expériences pas toujours dignes. On veut les aider à devenir indépendants. L’autre dimension, c’est d’avoir des collègues, ici à la Mission, qui sont bien soutenus, bien engagés et inspirés dans le service aux autres. J’aime démontrer par l’exemple et donc par mon comportement, je trouve important de montrer que je fais partie de l’ensemble, que je suis l’un des collègues et que je suis aussi engagé qu’eux. Ce que j’ai vu dans ma carrière, quand j’étais consultant, c’est qu’une entrevue avec le leader d’une entreprise parle beaucoup quant à son ADN. Aussitôt que je me promenais dans les couloirs, l’ADN du leader était présent. La culture d’une entreprise n’est pas toujours facile à définir mais elle est facile à voir. Ça se sent dans les comportements, la façon de parler et la façon dont les clients de l’entreprise sont traités. Je n’ai jamais vu dans ma carrière une situation où un PDG avait une certaine attitude envers les clients et une attitude complètement différente avec les employés. Il y a toujours un parallèle.

3. Qu’avez-vous appris sur vous-même depuis que vous dirigez ?

J’ai découvert que plusieurs défis qui semblent impossibles ne sont que temporaires. J’ai dans plusieurs cas plus de ténacité que je le pensais – j’aime éliminer les obstacles à la performance et, dans mon domaine, on en rencontre souvent ! Aussi, ce que je pensais que je serais capable de faire au cours de six mois m’aura finalement pris un an. J’ai appris à avoir plus de patience et à être confiant par rapport au fait de faire face aux obstacles avec succès.

4. Qu’est-ce qui vous motive et vous inspire au quotidien ?

Le fait de voir des résultats très concrets. Je suis quelqu’un qui aime se définir des objectifs. J’ai toujours été comme ça, même garçon ! Ici, parce qu’on travaille directement avec des gens dans des situations précaires, on voit chaque jour des personnes qui sont logées, qui reçoivent de la nourriture, qui ont vécu l’exclusion et qui sont maintenant inclus. Ils ont un sens de la dignité qu’ils n’avaient pas auparavant. Souvent, dans des organismes communautaires, il y a des choses qui se déroulent de jour en jour et on ne voit pas vraiment de changement. Ici, à la Mission Bon Accueil, grâce à l’ampleur de nos services, chaque jour, on a des anecdotes de succès à raconter. Par exemple, une personne qui entre, comme ce matin, dans notre marché, en disant que c’est la dernière fois qu’elle vient parce qu’elle s’est décroché un emploi. Elle nous remercie pour tout ce qu’on a fait pour elle et sa famille, nous dit qu’elle n’a plus besoin de nous mais qu’elle deviendra certainement donatrice à son tour. C’est le plus beau des résultats ! En entrant au travail, je suis choyé car je me trouve quotidiennement inspiré et motivé.

5. Que souhaiteriez-vous léguer à titre de président ?

Ce que je vois de plus grand dans ma vision du futur est que la Mission ait participé à un processus de changement au sein de la Ville de Montréal. Un changement qui est durable et mesurable. Je parle souvent de la possibilité d’éliminer l’itinérance chronique et la faim. Ce que j’aimerais, d’ici cinq ou dix ans, c’est qu’on se retourne et qu’on se dise qu’en 2016, il y avait disons un certain nombre de personnes en situation d’itinérance chronique à Montréal et qu’il y avait 137 000 personnes qui avaient faim mais qu’aujourd’hui, c’est beaucoup moins. Honnêtement, je pense que c’est possible et c’est ce qui me fait continuer chaque jour. J’ai la confiance qu’on est en chemin.